ÉDITO : POURSUIVRE

L’actualité est lourde de menaces. Souhaiter à tous une bonne année relève d’un optimisme qui peut paraître hors de mesure. Ne soyons pas aveugles, le Burkina, à entendre et lire nos amis là-bas, est au bord du chaos. À chaque femme, à chaque homme, il demeure la capacité, hors de mesure elle aussi, à vivre un jour après l’autre dans le sentiment oppressant que la vie et la mort se sont peut-être donné rendez-vous dans la journée… ou le lendemain. 

Nos amis chrétiens font l’expérience de l’espérance, nos amis musulmans, du destin. Chacun s’en remet à Dieu.

Que faut-il donc souhaiter : la sagesse, le courage, la force, l’esprit de résistance ? De ce côté du monde, nous sommes des témoins à l’abri, des témoins impuissants à autre chose qu’à soutenir des projets d’avenir.

L’avenir auquel nous voulons croire porte toujours le nom de développement, un développement qui s’incarne dans des enfants qui poursuivent leur scolarité de l’école au collège… dans des populations villageoises qui accèdent à l’eau de façon durable…

De façon bien concrète, l’ASPA envisage donc cette année de doter le village de Tovuor d’un château d’eau, de poursuivre la construction de latrines dans les écoles de l’Enseignement catholique de Diébougou, d’y garder actifs ses quelques 180 parrainages, et de maintenir le lien très fort avec Amadou Bakouan qui nous sert de relai avec l’école de Kari.

Garde enfin une place centrale dans notre conviction et notre action de terrain, le travail d’éducation de nos élèves en France commencé il y a bientôt 23 ans pour les assurer, tout compte fait et malgré la conjoncture, que l’Afrique et le Burkina possèdent les ressources pour avancer.

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ÉDITO : GARDER LE CAP, GARDER L’ESPOIR

Alors que l’actualité maintient le monde depuis le printemps dans le mouvement insaisissable de flux et de reflux du covid, très peu d’informations nous parviennent des grands médias sur la situation en Afrique.

C’est habituel et incite à la prudence. Les nouvelles qui nous arrivent du Burkina-Faso par nos amis sont certes assez rassurantes ; mais la circonspection reste de mise.

En avril, le confinement qui a immobilisé le pays et fermé les écoles de Diébougou et Kari, conjugué à ce que les experts appellent les données métaboliques propres à l’Afrique – jeunesse de la population et absence d’obésité – ce confinement a porté ses fruits.

Notre ami Amadou Bakouan, pour enrayer le risque que fait courir le confinement sur l’assiduité, les parents trouvant là une raison supplémentaire de garder leurs enfants aux champs, a avancé une idée : fournir à chaque élève de CM2 de Kari, un savon pour combattre le virus et un livret d’annales pour préparer l’examen de fin d’études primaires (voir ici son article : CONTRE LE COVID À KARI). L’opération lancée sur un site collaboratif a remporté un plein succès en dépassant les 700 euros de dons. Mais la reprise en septembre a été difficile…

Dans les écoles de Diébougou, le confinement a épargné les entreprises de travaux publics et le Père Jean-Boniface Somda, directeur diocésain de l’Enseignement catholique, nous a transmis les photos du collège flambant neuf de Dano, fruit de l’opération « Un euro, un collège » de l’année dernière. Il nous a aussi informé de la construction des latrines à l’Agrithèque et dans l’école de Pharyago, demande qu’avait formulée l’équipe enseignante à notre passage en février 2019, comme une priorité absolue et un moyen d’assurer, là encore, l’assiduité des élèves, en particulier des filles.

Autre nouvelle récente et positive : l’année scolaire ne sera pas une année blanche ! 

De notre côté, le confinement a, bien entendu, interrompu toutes les actions dans les établissements de notre réseau mais… pas la campagne de parrainage des presque deux cents élèves. Le tout récent retour au « Faso », au pays, de nos amis Dieudonné Hien et Dominique-Savio Meda, chargés l’un et l’autre de fonder une nouvelle paroisse en brousse après des années d’expatriation à Monaco et en Ardèche nous apportera à coup sur, rapidement de quoi vous en dire plus, y compris sur la situation sécuritaire que la crise du covid ne doit pas faire oublier. Comme dans une bonne partie de l’Afrique de l’Ouest, cette situation reste fort préoccupante au Burkina Faso. Pour l’instant, la région de Diebougou a été épargnée mais, de toute évidence, l’équilibre n’est pas plus assuré au Burkina-Faso qu’en France.

Malgré toutes ces difficultés, gardons le cap de notre engagement ! Merci à tous ! 

 

L’UNITÉ DE L’HUMANITÉ

Que retenir des bientôt vingt ans de travail associatif de l’ASPA ?

En 1999, nous sommes arrivés au Burkina-Faso, blancs comme neige, à peine barbouillés de quelques représentations sur l’Afrique. Depuis, autant qu’on peut le dire, et avec nos nécessaires limites, nous avons agi modestement et joué un rôle relatif dans l’aide au développement de la région de Diébougou. C’est sur ce terrain – que nous avons appris à connaître et à aimer – que nous percevons aujourd’hui, avec la profondeur de champ que nous donnent ces vingt années d’observation et de travail, les signes indubitables du développement. Mais si les logiques à l’œuvre nous échappent moins aujourd’hui qu’hier, l’essentiel à nos yeux n’est pas là. Au vrai, nous avons surtout rencontré des amis insoupçonnés, sans qui nous serions aujourd’hui moins libres ; nous avons pénétré la réalité de la vie de populations, lointaines à plus d’un titre ; et, en mobilisant autour de nous des forces et des volontés au service de ces personnes qui vivent en même temps que nous l’aventure humaine – ce sont des frères et des sœurs –, nous avons été et nous restons en quête d’ailleurs, en quête de l’altérité, du différent et du semblable.

Car nous avons fait, sous l’emprise du réel et au contact de cette altérité, notre propre éducation et partiellement celle de nos milliers d’élèves. La grande leçon que nous tirons de ces vingt années est celle de l’unité de l’humanité qui nous fait poursuivre notre engagement pour le bien commun. Cette unité, il faut le dire avec force, est à protéger. Les défis auxquels le pays fait face avec notamment les récentes tentatives de déstabilisation terroriste se nourrissent, nous le savons, de la pauvreté et des tensions que drainent aussi le progrès et l’ouverture au monde de régions jusque-là isolées. Or, si l’objectif de ceux qui menacent est précisément de rompre les réseaux d’amitié et de collaboration, nous nous refusons d’abdiquer.

L’engagement de l’ASPA au Burkina, oui, nous l’avons vécu comme un voyage intérieur, nous avons approché et touché du doigt une intelligence du monde ! Or, n’est-ce pas l’objectif de cet éditorial, que liront quelques personnes intéressées à la fois d’idées et d’actions comme nous le sommes, de faire connaître notre vision du monde en 2018 ?

 

 

ÉDITO

Les idées et les structures vieillissent-elles au même rythme que les hommes ?

Découvrant juste avant l’an deux mille, l’Afrique de l’Ouest par le Burkina-Faso, l’ASPA n’en est pas revenue !

Ont suivi quinze ans de réflexion pour faire le tri des images et ajuster notre vision, quinze ans de travail associatif pour expliquer et convaincre autour de nous, le plus souvent dans les établissements de l’Enseignement catholique, du bien-fondé, de l’utilité de chacun de nos projets, quinze ans de voyage pour partager la découverte, dont nous gardons un capital de photos et de films mis à votre disposition sur la nouvelle plateforme de communication que constitue ce nouveau site.

Quel regard portons-nous aujourd’hui ?

Les intuitions des commencements avaient du sens.

La rencontre dont nous attendions tant, a eu lieu.

Pour dire une banalité heureuse, elle nous a enrichis. Elle a même profondément bouleversé plus d’un d’entre nous en leur offrant une fraternité ! Elle a aussi enrichi ce que les enseignants parmi nous, ont à transmettre.

La volonté des personnes d’agir à l’amélioration des conditions de vie des populations est la même.

Mais le temps nous a permis de prendre davantage de recul. Rien n’est simple : la relation n’échappe pas à un peu d’asymétrie, la majorité des projets aboutit, certains s’enlisent, le Burkina-Faso est pris dans un mouvement positif où l’éducation et la santé progressent, une société civile émerge mais où la faim sévit encore, où les femmes qui font beaucoup, méritent d’être soutenues…

Pour tâcher d’échapper à l’attitude des donneurs de leçons en tous genres comme à un idéalisme benêt, nous poursuivons avec l’humilité nécessaire, notre démarche d’aide et d’éducation.

Frédéric Bernardeau