

Il s’appelle Malo. Un jour, en sortant de l’école, il grimpe au sommet d’un arbre pour y cueillir un fruit, une mangue sans doute, mais celle-ci est trop haute pour lui, il tombe et se blesse gravement le bras. Comme la plaie est méchante, elle s’infecte, ne guérit pas, et il faut vite se rendre à l’évidence : amputer l’enfant pour le sauver. Ce qui est fait. La suite ? De longues années de hauts et de bas, mais encore la famille, les camarades, l’école, le village, de nouveaux fruits, le courageux apprentissage de la vie. Aujourd’hui, Malo a passé ses vingt ans. Il se lance dans un élevage de poulets pour gagner sa vie. Il avance.
Peut-on penser que l’histoire de Malo – à laquelle, on l’aura compris, l’ASPA a été mêlée – est plus qu’un destin privé et anecdotique ? Le Burkina Faso, au cœur d’une Afrique de l’Ouest en pleine mutation politique, connaît lui aussi ses blessures, ses drames. Le découragement peut s’y rencontrer et s’y comprendre. Rien, à Ouagadougou ou en province, ne justifie l’insouciance et l’optimisme béat. Pourtant, nos interlocuteurs là-bas nous le disent, une autorité gouvernementale restaurée et acceptée semble redonner une certaine confiance à la population. Une mobilisation générale serait en cours pour faire face au djihadisme qui, depuis plusieurs années, empoisonne le quotidien de ce pays pauvre mais de tradition paisible et tolérante. Avec le maintien de la junte au pouvoir, le retrait forcé des troupes françaises, les tensions diplomatiques entre Paris et Ouaga, bien des signes semblent indiquer une volonté de reprise en main. Le retrait du G5 Sahel et le récent rapprochement avec le Niger et le Mali dessinent peut-être cette idée d’un « sud global » émancipé sous l’oeil intéressé de la Russie et dont le recul de l’influence occidentale serait le revers.
Alors, peut-être faut-il comprendre que le destin d’un homme comme celui d’un pays est bien de tracer sa propre voie, dans la singularité de son environnement et de son histoire. C’est peut-être aussi sinon le destin du moins la vocation d’une association comme l’ASPA : se donner un cap, le garder en trouvant ses propres solutions, sa raison d’être particulière : pour nous quelque chose de l’ordre de la foi et de l’amitié.