2016 : AU RYTHME DE TROIS JOURNÉES EN UNE

Quelques images du voyage d’avril 2016.

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2016 : VOYAGE COMMANDO

Depuis 2012, date de notre dernier passage, le Burkina a connu des bouleversements : une tentative de coup d’état, la mise à sac de son Assemblée Nationale, des élections plus ou moins sereines, des révoltes populaires, des attaques terroristes… Des menaces ont plané. Ebola, par exemple, mais aussi d’autres plus fantaisistes. Les pommes vendues au bord des routes, dit-on, ont été empoisonnées par des émules de Boko Haram. Les petites marchandes sont dans la difficulté.

Pourtant, rester un an de plus sans nous rendre au Burkina aurait été dommageable à l’association et aux projets en cours ou à venir. Pour une fois, l’équipe s’est réduite à Frédéric Bernadeau, Anne-Thérèse Rendu et Alain Deloffre, auxquelles s’est jointe Carole Lambert, de l’association Les Manguiers de la paix. Dieudonné Hien, lui, était déjà sur place pour ses « vacances » au pays. Nous l’avons retrouvé là-bas. Objectifs ? Retrouver nos partenaires sur le terrain, évaluer les dernières réalisations, repérer d’autres chantiers possibles, lancer notre projet pilote : l’agrandissement du collège de Kokoligou et, bien sûr, rapporter de nouvelles images, notamment le matériau nécessaire à la réalisation d’un nouveau documentaire consacré à l’eau.

Dix jours non stop, au point d’avoir l’impression (mais ce n’était pas qu’une impression) de vivre trois journées en une. Un voyage commando, en quelque sorte, dont nous vous livrons ici quelques images marquantes.

2016 : ÉCOLE ET PARRAINAGES, ON AVANCE !

La visite des classes est un rituel de nos voyages au Burkina. Tout s’y passe selon un protocole immuable. Excitation des enfants avant notre arrivée, entrée solennelle (élèves debout), salutations collectives (« Bon / jour / Mô / sieur // Bon / jour / Ma / dame // Ça / va / bien ? »), questions, réponses timides parfois, petits messages d’encouragement, etc.

Le taux de scolarisation au Burkina est encore faible mais progresse peu à peu. 63 % dès enfants vont à l’école primaire. Les classes sont évidemment surchargées et le collège reste encore difficile d’accès. Ces dernières années, notre système de parrainages a aidé plusieurs dizaines de familles.

Bien sûr, rien n’est simple et les difficultés sont importantes pour beaucoup. Des parents ne peuvent ou ne veulent pas payer les cotisations exigées pour la scolarité des enfants. Certains élèves, qui pourraient poursuivre leurs études au-delà de l’école, en sont empêchés faute de moyens. Les enseignants sont mal payés et vivent parfois séparés de leurs proches, comme la directrice du collège de Kokoligou, exilée pour trois ans dans le Sud alors que son mari est en poste à Ouagadougou. Pourtant, tout avance. Lors de notre dernier voyage en avril 2016, nous avons noté les évolutions pédagogiques en vigueur au Burkina. Depuis quatre ans les enseignants ont changé la disposition des bancs à l’intérieur de la classe. L’enseignement, moins frontal semble-t-il, expérimente la pédagogie différenciée, les travaux de groupes, le tutorat entre élèves. La salle désormais s’organise en îlots réunissant cinq ou six élèves appelés à coopérer. Plutôt une bonne méthode ! Puissent les enfants parrainés profiter pleinement de ces évolutions.

ÉDITO

Les idées et les structures vieillissent-elles au même rythme que les hommes ?

Découvrant juste avant l’an deux mille, l’Afrique de l’Ouest par le Burkina-Faso, l’ASPA n’en est pas revenue !

Ont suivi quinze ans de réflexion pour faire le tri des images et ajuster notre vision, quinze ans de travail associatif pour expliquer et convaincre autour de nous, le plus souvent dans les établissements de l’Enseignement catholique, du bien-fondé, de l’utilité de chacun de nos projets, quinze ans de voyage pour partager la découverte, dont nous gardons un capital de photos et de films mis à votre disposition sur la nouvelle plateforme de communication que constitue ce nouveau site.

Quel regard portons-nous aujourd’hui ?

Les intuitions des commencements avaient du sens.

La rencontre dont nous attendions tant, a eu lieu.

Pour dire une banalité heureuse, elle nous a enrichis. Elle a même profondément bouleversé plus d’un d’entre nous en leur offrant une fraternité ! Elle a aussi enrichi ce que les enseignants parmi nous, ont à transmettre.

La volonté des personnes d’agir à l’amélioration des conditions de vie des populations est la même.

Mais le temps nous a permis de prendre davantage de recul. Rien n’est simple : la relation n’échappe pas à un peu d’asymétrie, la majorité des projets aboutit, certains s’enlisent, le Burkina-Faso est pris dans un mouvement positif où l’éducation et la santé progressent, une société civile émerge mais où la faim sévit encore, où les femmes qui font beaucoup, méritent d’être soutenues…

Pour tâcher d’échapper à l’attitude des donneurs de leçons en tous genres comme à un idéalisme benêt, nous poursuivons avec l’humilité nécessaire, notre démarche d’aide et d’éducation.

Frédéric Bernardeau

AGRANDIR LE COLLÈGE DE KOKOLIBOU

La région Sud-Ouest du Burkina-Faso d’une population supérieure à 600000 habitants, est, malgré son potentiel économique, la quatrième région la plus pauvre du pays.

Elle compte près de 500 écoles pour plus de 1500 classes, accueillant  en primaire plus de 75 000 élèves à raison de 50 élèves par enseignant en moyenne.

Le primaire a bénéficié ces quinze dernières années d’importants investissements doublant le taux de scolarisation, supérieur  aujourd’hui à 75%, taux toujours légèrement inférieur pour les filles.

Dans le secondaire, une quarantaine d’établissements dont huit sont  privés, scolarisent plus de 15 000 élèves dont un tiers de filles. Le taux de scolarisation approche les 30% pour le collège et à peine 10% pour le Lycée.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : passé le primaire, de nombreux enfants ne parviennent pas à poursuivre leurs études. En effet, accéder au collège relève du parcours de combattant.

La pauvreté des parents est une explication. Il faut y associer l’insuffisance des structures à proximité des écoles primaires, qui oblige les enfants à quitter leurs parents pour poursuivre au collège.

Dans l’établissement secondaire d’accueil, l’enfant devra s’en remettre à la solidarité et à la générosité des autres membres de la famille. L’enfant se trouve exposé aux pires formes de traite des personnes et cette vulnérabilité lui impose souvent d’abandonner ses études. Le recours aux services de « filles de bar », de « bonnes », de « garçons de course » dans les principaux centres urbains est le spectacle offert par la plupart des enfants contraints à l’abandon des études.

C’est dans ce contexte que l’ASPA s’engage cette année à PARTICIPER AU DÉVELOPPEMENT DU COLLÈGE PUBLIC DE KOKOLIBOU.

Kokolibou, un des vingt-trois villages de la commune rurale de Dissin (province du Ioba) compte un peu plus de 1000 habitants. L’activité du village est agricole mais compte-tenu d’une densité de population supérieure à 300, les terres sont insuffisantes et la population migre de façon saisonnière ou définitive.

Le village dispose depuis 1953 d’une école primaire en banco. Fermée pendant vingt-cinq ans, elle a rouvert ses portes en 1984 sous la pression de la population qui a réussi à la financer. L’établissement secondaire le plus proche du village est situé à huit kilomètres et connait un effectif pléthorique.

Pour faire face au besoin crucial d’éducation et, plus largement, pour freiner les mouvements migratoires incontrôlés des jeunes, l’Association des Anciens Elèves de Kokolibou a élaboré et partiellement mis en œuvre un projet de collège d’enseignement général dans le village sur un site de dix hectares, propriété communale. L’Etat a assuré le recrutement d’enseignants et les élèves sans distinction, y sont maintenant accueillis du CM2 à la 5ème.

Que reste-t-il à pour pérenniser le projet?

Entre autres besoins, l’ASPA a relevé un bâtiment de trois autres salles de classe, des latrines pour les élèves et leurs enseignants, un forage pour accéder à l’eau et un plateau omnisports. L’association s’engage à hauteur de 8500 euros.