L’UNITÉ DE L’HUMANITÉ

Que retenir des bientôt vingt ans de travail associatif de l’ASPA ?

En 1999, nous sommes arrivés au Burkina-Faso, blancs comme neige, à peine barbouillés de quelques représentations sur l’Afrique. Depuis, autant qu’on peut le dire, et avec nos nécessaires limites, nous avons agi modestement et joué un rôle relatif dans l’aide au développement de la région de Diébougou. C’est sur ce terrain – que nous avons appris à connaître et à aimer – que nous percevons aujourd’hui, avec la profondeur de champ que nous donnent ces vingt années d’observation et de travail, les signes indubitables du développement. Mais si les logiques à l’œuvre nous échappent moins aujourd’hui qu’hier, l’essentiel à nos yeux n’est pas là. Au vrai, nous avons surtout rencontré des amis insoupçonnés, sans qui nous serions aujourd’hui moins libres ; nous avons pénétré la réalité de la vie de populations, lointaines à plus d’un titre ; et, en mobilisant autour de nous des forces et des volontés au service de ces personnes qui vivent en même temps que nous l’aventure humaine – ce sont des frères et des sœurs –, nous avons été et nous restons en quête d’ailleurs, en quête de l’altérité, du différent et du semblable.

Car nous avons fait, sous l’emprise du réel et au contact de cette altérité, notre propre éducation et partiellement celle de nos milliers d’élèves. La grande leçon que nous tirons de ces vingt années est celle de l’unité de l’humanité qui nous fait poursuivre notre engagement pour le bien commun. Cette unité, il faut le dire avec force, est à protéger. Les défis auxquels le pays fait face avec notamment les récentes tentatives de déstabilisation terroriste se nourrissent, nous le savons, de la pauvreté et des tensions que drainent aussi le progrès et l’ouverture au monde de régions jusque-là isolées. Or, si l’objectif de ceux qui menacent est précisément de rompre les réseaux d’amitié et de collaboration, nous nous refusons d’abdiquer.

L’engagement de l’ASPA au Burkina, oui, nous l’avons vécu comme un voyage intérieur, nous avons approché et touché du doigt une intelligence du monde ! Or, n’est-ce pas l’objectif de cet éditorial, que liront quelques personnes intéressées à la fois d’idées et d’actions comme nous le sommes, de faire connaître notre vision du monde en 2018 ?

 

 

ÉDITO

Les idées et les structures vieillissent-elles au même rythme que les hommes ?

Découvrant juste avant l’an deux mille, l’Afrique de l’Ouest par le Burkina-Faso, l’ASPA n’en est pas revenue !

Ont suivi quinze ans de réflexion pour faire le tri des images et ajuster notre vision, quinze ans de travail associatif pour expliquer et convaincre autour de nous, le plus souvent dans les établissements de l’Enseignement catholique, du bien-fondé, de l’utilité de chacun de nos projets, quinze ans de voyage pour partager la découverte, dont nous gardons un capital de photos et de films mis à votre disposition sur la nouvelle plateforme de communication que constitue ce nouveau site.

Quel regard portons-nous aujourd’hui ?

Les intuitions des commencements avaient du sens.

La rencontre dont nous attendions tant, a eu lieu.

Pour dire une banalité heureuse, elle nous a enrichis. Elle a même profondément bouleversé plus d’un d’entre nous en leur offrant une fraternité ! Elle a aussi enrichi ce que les enseignants parmi nous, ont à transmettre.

La volonté des personnes d’agir à l’amélioration des conditions de vie des populations est la même.

Mais le temps nous a permis de prendre davantage de recul. Rien n’est simple : la relation n’échappe pas à un peu d’asymétrie, la majorité des projets aboutit, certains s’enlisent, le Burkina-Faso est pris dans un mouvement positif où l’éducation et la santé progressent, une société civile émerge mais où la faim sévit encore, où les femmes qui font beaucoup, méritent d’être soutenues…

Pour tâcher d’échapper à l’attitude des donneurs de leçons en tous genres comme à un idéalisme benêt, nous poursuivons avec l’humilité nécessaire, notre démarche d’aide et d’éducation.

Frédéric Bernardeau

AGRANDIR LE COLLÈGE DE KOKOLIBOU

La région Sud-Ouest du Burkina-Faso d’une population supérieure à 600000 habitants, est, malgré son potentiel économique, la quatrième région la plus pauvre du pays.

Elle compte près de 500 écoles pour plus de 1500 classes, accueillant  en primaire plus de 75 000 élèves à raison de 50 élèves par enseignant en moyenne.

Le primaire a bénéficié ces quinze dernières années d’importants investissements doublant le taux de scolarisation, supérieur  aujourd’hui à 75%, taux toujours légèrement inférieur pour les filles.

Dans le secondaire, une quarantaine d’établissements dont huit sont  privés, scolarisent plus de 15 000 élèves dont un tiers de filles. Le taux de scolarisation approche les 30% pour le collège et à peine 10% pour le Lycée.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : passé le primaire, de nombreux enfants ne parviennent pas à poursuivre leurs études. En effet, accéder au collège relève du parcours de combattant.

La pauvreté des parents est une explication. Il faut y associer l’insuffisance des structures à proximité des écoles primaires, qui oblige les enfants à quitter leurs parents pour poursuivre au collège.

Dans l’établissement secondaire d’accueil, l’enfant devra s’en remettre à la solidarité et à la générosité des autres membres de la famille. L’enfant se trouve exposé aux pires formes de traite des personnes et cette vulnérabilité lui impose souvent d’abandonner ses études. Le recours aux services de « filles de bar », de « bonnes », de « garçons de course » dans les principaux centres urbains est le spectacle offert par la plupart des enfants contraints à l’abandon des études.

C’est dans ce contexte que l’ASPA s’engage cette année à PARTICIPER AU DÉVELOPPEMENT DU COLLÈGE PUBLIC DE KOKOLIBOU.

Kokolibou, un des vingt-trois villages de la commune rurale de Dissin (province du Ioba) compte un peu plus de 1000 habitants. L’activité du village est agricole mais compte-tenu d’une densité de population supérieure à 300, les terres sont insuffisantes et la population migre de façon saisonnière ou définitive.

Le village dispose depuis 1953 d’une école primaire en banco. Fermée pendant vingt-cinq ans, elle a rouvert ses portes en 1984 sous la pression de la population qui a réussi à la financer. L’établissement secondaire le plus proche du village est situé à huit kilomètres et connait un effectif pléthorique.

Pour faire face au besoin crucial d’éducation et, plus largement, pour freiner les mouvements migratoires incontrôlés des jeunes, l’Association des Anciens Elèves de Kokolibou a élaboré et partiellement mis en œuvre un projet de collège d’enseignement général dans le village sur un site de dix hectares, propriété communale. L’Etat a assuré le recrutement d’enseignants et les élèves sans distinction, y sont maintenant accueillis du CM2 à la 5ème.

Que reste-t-il à pour pérenniser le projet?

Entre autres besoins, l’ASPA a relevé un bâtiment de trois autres salles de classe, des latrines pour les élèves et leurs enseignants, un forage pour accéder à l’eau et un plateau omnisports. L’association s’engage à hauteur de 8500 euros.